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 Abjection et véhémence---> FINI

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pao
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MessageSujet: Abjection et véhémence---> FINI   Sam 8 Juil - 22:50

Bon voila j'ouvre ce topic qui accueillera la seconde partie de mon histoire. Je posterai lundi au plus tard le premier chapitre de cette partie. Voili voila ^^


Dernière édition par le Dim 1 Oct - 12:02, édité 1 fois
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pao
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MessageSujet: Re: Abjection et véhémence---> FINI   Lun 10 Juil - 2:37

Et c'est parti pour la seconde partie lol ^^
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Le contraire reflété

Situé sur l’extrémité ensoleillée du banc, Simon voyait une silhouette de dos qui s’avançait vers la porte d’entrée. Il vit l’individu frotter ses chaussures sur le paillasson et s’engageait dans la maison. En refermant celle-ci, il posa son regard sur Simon avec aux lèvres un sourire coupable.
« Clément, c’est toi mon chéri »
Clément ne répondit pas. Il se dirigea vers le salon principal et s’assit sur l’un des quatre voltaires disposés en cercle. En chuchotant, il eut ces paroles anodines, « Oui maman, c’est bien moi ». Sa mère arriva avec à ses mains un couteau à dents usées et tout juste rincé.
« Je suis désolé mon chéri, je n’ai pas trouvé de lame lisse. »
Clément la regarda fixement, ses yeux inquisiteurs témoignant de toute la honte qu’il éprouvait à cet instant envers sa mère. Elle souriait néanmoins devant cette froideur, comme pour l’adoucir à l’aide d’une tendresse maternelle. Mais cela n’était d’aucun effet, Clément semblait plongé dans un état colérique insondable. À nouveau, il chuchota, et ses chuchotements ne laissaient entrevoir que des fragments de pensées démunis de toute humanité.
« Tu devrais les enterrer sous la balançoire. C’est la partie du jardin qui prend le mieux le soleil. Même mortes, elles devraient apprécier quelques bains solaires. »
« Clément, je t’en prie, hausse la voix, je n’arrive pas à t’entendre. »
Le jeune homme se leva en laissant sur le dossier du voltaire des taches de sueur.
« Tu devrais les enterrer sous la balançoire, c’est un endroit très convenable. »
« Je ne savais pas que tu voulais les garder aussi prés de nous. Le jardin… Pourquoi pas… Mais à dire vrai, j’aimerais oublier cette histoire au plus vite. Un endroit plus éloigné serait peut-être plus adéquat et prudent. Tu ne penses pas ? »
Après ces paroles de contestation, la mère de Clément ne pouvait plus bouger. Un aura pesant et lourd inonda la pièce, marbrant l’épiderme de la femme alors que le jeune garçon, inexplicablement, se dirigea vers elle avec légèreté. Il la serra dans ses bras et lui chuchota ces paroles à l’oreille :
« Comment te sens-tu maintenant ? Ton cœur de pierre n’est-il pas trop lourd ? »
Il plongea son nez dans ses cheveux corbeaux ondulés.
« Tes cheveux sont si reposants. Je sens une chaleur effrayante se promener sur tes boucles. Elle tourne, tourne toujours. Bientôt elle s’enfoncera, se perdra dans cette forêt obscure qui couvre ton crâne. Et encore elle tournera, toujours elle tournera. Peut-être qu’un jour, sur une mèche lissée par une fraîcheur rigide, elle trouvera ce qu’elle est, au plus profond de cette pénombre rassurante. »
Il y eut un moment de silence, un silence religieux et solennel.
« Je vais sortir de la maison maintenant, il y a un jeune garçon assit sur le trottoir d’en face. Si tu savais à quel point il me fait peur. Aucune lame ne pourrait le pénétrer. Il est presque impalpable. Tu sais, comme les courants d’air qui s’infiltrent dans les fentes d’une demeure. Tu penses que je devrais aller le voir, maman ? »
La mère était paralysée dans les bras de son fils. Elle se sentait ficelée, prise dans ses bras serpents qui lui en enroulaient le haut du corps. Sa cadence respiratoire augmentait, elle essayait de parler, ne serait-ce qu’un peu, mais l’attitude de son fils lui avait lacé la bouche. L’étreinte de Clément devint plus puissante, ses doigts s’enfonçaient timidement dans son dos.
« Il me rend nerveux. Si jamais tu le préférais à moi. Maman tu ne me trahiras pas, pas vrai ? Tu sais que je suis très susceptible, c’est une maladie chez moi. Tu le sais mieux que quiconque, c’est toi qui m’a fait après tout. »
« Va le voir mon chéri. Ne t’en fais pas, tu es mon enfant unique à présent. Je n’aime que toi. »
Clément fit un pas en arrière, posant ses mains sur les épaules de sa mère.
« Je n’aimerais pas te faire du mal. S’il te plait, reste courageuse quand tu es avec moi. Prends garde de ne pas me tourner le dos également. Il y a tellement de tentations en ce monde, ne tente pas quelqu’un comme ton fils. Souviens toi de ce que tu m’as dit pendant mon sommeil : nous ne sommes pas des gens de confiance. »
L’atmosphère, jusqu’ici écrasante, se chargea d’un amour méfiant entre les deux êtres. Au milieu de cet adoucissement épineux, le regard de Clément dévia vers l’entrée de la maison. Il quitta le salon sans dire un mot et regarda à travers la vitre flouée de la porte. Il était toujours sur le banc, de sa place, Clément voyait clairement sa silhouette immobile. Il contemplait cet espace réduit du trottoir d’en face à travers ce prisme vitré, bleuté par l’éclairage nocturne. Il s’interrogea sur ce qui l’attendait, car il est bien évident qu’il devait aller le voir. Sans explication rationnelle, Clément sentait que son reflet n’était plus très loin. Il attendait passivement sur ce banc, comme si la réalité s’était tout à coup inversée, comme si, non loin, il avait rendez-vous avec soi-même. Toujours devant la porte d’entrée, son sang bouillonnait comme de la lave, il sentait les vagues veineuses dans son organisme augmenter son excitation. Il ouvrit la porte et pris le temps de poser un premier pas dehors, comme pour faire durer le plaisir.
Une force le poussa subitement sur le pallier, lui faisant perdre l’équilibre un instant.
« Je… Excuse-moi mon chéri. Tu étais de dos et tu sais bien, tu me l’as toi-même rappelé tout à l’heure. »
Clément ne l’écoutait pas, hypnotisait par Simon. Il voyait maintenant précisément son reflet et fut attiré comme un aimant. Il était à présent sur le trottoir d’en face, exactement devant lui. L’expression de Simon était vide, nue de toute émotion et dégageait une virginité pure. Clément se rendait à l’évidence, il s’agissait bel et bien de son reflet, un reflet tout en relief. Simon avait les mêmes traits, la même morphologie que Clément. Seule une différence persistait, l’expression. Celle de Simon était candide, chargée d’une certaine mollesse désabusée. Quant à celle de Clément, elle était poignante, ambitieuse au-dessus des degrés convenus, et assombrie par des pensées puissantes et insoupçonnées.
Un ricanement fit frissonner la nuit, c’était celui de Clément, lequel s’était à présent rendu compte de la nature de la situation.
« Pourquoi me regardes-tu comme si c’était la première fois ? Tu me connais mieux que quiconque, même si tu m’as toujours ignoré. J’étais là, en toi, j’attendais que tu réagisses. Mais mon attente était naïve, tu es resté inflexible. Au contraire, ta passivité m’a mis en transe, si tu savais. Pourtant, avoue que tu as senti mon éveil s’approcher, ta soif de connaissance, tes réflexions subites sur toi-même, qui d’autre, excepté moi, pouvait les susciter. Tu n’existes pas sans moi Simon. Observe toi donc aujourd’hui, tu es comme un rien faussement animé. Tu aurais dû le sentir Simon, tu aurais dû… Les rêves, les fillettes, les petites irrationalités qui peu à peu jonchaient ton monde plat, tous ces évènements auraient dû te faire réagir. N’as-tu vraiment jamais soupçonné l’émergence d’une nouvelle réalité, dans laquelle ce serait à mon tour d’être le protagoniste ? Pourquoi t’es-tu accroché ? Tu étais seul dans ce que tu croyais être un onirisme persistant, qui sait. Mais en vérité, la seule part d’onirisme en cette réalité-ci, c’est toi Simon. »
Clément essayait de se calmer en reprenant son souffle emballé. Son visage s’était empourpré par le froid et les montées sanguines.
« Ecoute moi, soit attentif. Tu vas devoir rester là, j’en ai bien peur. La vie continuera sans toi, mais tu pourras l’observer de ta place. Je veux que tu constates ma vraie nature, TA vraie nature. Car n’oublis pas que j’ai été en toi et que, par ta faiblesse condamnable et la force des choses, j’ai pris le dessus.
On pouvait lire dans les yeux de Clément une profonde logique. Un nouvel être naît, une autre réalité s’installe, cela paraît inéluctable. Simon avait eu sa chance, mais prit dans sa solitude capsulée et sa dégradante routine, il n’avait pu tracer son but. Sa spirale infernale l’avait mené là, sur ce banc, en face d’une maison qui n’étais plus la sienne mais qui abritait à la fois son clone physique et son antonyme de l’âme.
Clément ne cessait de bouger, de gesticuler afin de canaliser son excitation. Il lui arrivait de commencer une phrase, mais son souffle atteignait des débits si surélevés qui lui était difficile de prononcer un simple mot. De son côté, Simon semblait toujours marionnettisé*, scrutant d’un regard vide cet inconnu d’en face, cet inconnu qu’il connaissait si bien.
« Je retourne chez moi, je vais surveiller notre mère » dit Clément.
Il reprit alors la direction du portail en zigzagant étonnement, la tête affaissée. En passant devant le jardin, il ne fit pas attention à sa mère qui creusait, avec la plus grande discrétion possible, sous la balançoire.
Une fois à l’intérieur, il tomba à genoux sous les coups d’un profond épuisement. Il pleura sans retenue, et au milieu de ses joues inondées, ses lèvres souriantes prononcèrent ces quelques mots :
« Il est encore là, j’en jubile »

* Ce mot n’existe pas.
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Algunar
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MessageSujet: Re: Abjection et véhémence---> FINI   Lun 10 Juil - 15:35

C'est de mieux en mieux écrit, et cette fois je comprends mieux le rapport avec le titre d'origine (Capsule et spirale donc). Un comble, alors que tu as changé de titre pour la seconde partie! lol!

Et c'est de plus en plus inquiétant aussi j'aime beaucoup!

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MessageSujet: Re: Abjection et véhémence---> FINI   Sam 22 Juil - 23:35

j'en ai marre je bloque trop pour la suiteeeeeeeeeeeeee
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MessageSujet: Re: Abjection et véhémence---> FINI   Dim 23 Juil - 16:25

Pardon pour les éventuelles fautes.
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De l’enclume au marteau


L’aube approchait et les deux petites tombes étaient maintenant closes et habitées. Sa tache achevée, elle retourna dans la maison et trouva Clément, à nouveau assit sur l’un des voltaires du salon.
« J’ai laissé la pelle dehors, tu devrais aller la ranger et la nettoyer un peu »
« Ne me parle pas de cette manière. Tu es si haïssable lorsque tu t’exprimes avec autant d’incertitude. Tu es ma mère, tu devrais savoir les tâches qui m’incombent. Soit catégorique et ferme, n’use pas de conditionnels inutiles. Ne tourne pas en rond avec moi. »
Sa mère s’approcha de lui, ses pas étaient devenus décidés et lourds.
« J’ai laissé la pelle dehors, va la ranger ! » dit-elle d’un ton coloré de colère.
« C’est mieux, mais tu n’es pas assez convaincante »
« Vas-y, tout de suite ! »
Ses mots étaient désormais dénués de toute ambiguïté. C’était bel et bien de la colère, voire de la haine qui s’échappait de ses paroles. Le jeune garçon restait coi, ses yeux abritaient un regard inanimé mais profondément hypnotique. Prise d’énervement, sa mère commença à le gifler subitement avec une énergie grandissante. Au commencement, chaque gifle était espacée par le même ordre verbal :
« Vas-y, va la ranger ! »
Mais Clément restait inflexible sur le voltaire. Sa tête se baladait de droit à gauche sous la cadence accélérée des baffes. Les claquements résonnaient dans le petit salon et s’accompagnaient des rires étonnants du jeune garçon.
« Vas-y continue, accélère encore. »
La mère s’arrêta brut, s’accroupissant d’épuisement devant son fils.
« Je ne peux pas mon chéri. Ma main est tout enflée. Regarde ce que tu as fait à ma main Clément. »
Il se rapprocha de sa mère et lui baisa sa main en y frottant doucement sa joue rouge.
« Excuse-moi maman, c’est de ma faute »
« Non mon chéri, c’est moi qui ai voulu creuser trop rapidement. C’est à cause de ces deux fillettes. Elles nous ont fait beaucoup de mal. »
« Tu devrais aller dormir un peu et ne plus y penser »
« Si je m’endors, j’ai peur de me réveiller »
« Ne t’en fais pas, tu n’auras qu’à t’endormir sur le ventre »
« Qu’est-ce qui se passera si je m’endors sur le ventre ? »
« Tu ne te réveilleras pas »
« C’est l’une des tâches qui t’incombent, n’est-ce pas ? »
« C’est à toi de me le dire maman »
Sa mère était toujours devant lui, une main posée sur sa poitrine pour tenter de calmer l’emballement de sa respiration. Elle éternuait volontairement et se donner des petits tapotements au niveau des poumons. Bien qu’accroupie, elle leva ses yeux vers Clément et lutta contre son propre corps pour prononcer ces quelques mots :
« Ce n’est pas la réponse que j’attendais. Je t’ai pourtant montré ce qu’était la fermeté, tu n’as rien compris »
Il est difficile d’expliquer ce que Clément ressentit à cet instant. Il était étonnant, pour le jeune homme, d’entendre sa mère prononcer des paroles aussi insensibles dans une telle condition physique. Il resta immobile une poignée de secondes, en regardant sa mère affaiblie par les circonstances, avant de se relever.
« Reste à genoux, saleté ! »
« Ne me parle pas comme ça, tu vas trop… »


Cette phrase, que l’interlocutrice avait déjà du mal à prononcer, fut interrompue par un coup de genoux qui s’abattit sur son nez. L’impact fut violent et subit. La victime se retrouva accolée contre la table basse, une main posée au sol pour s’empêcher de s’écrouler complètement et l’autre contre la partie faciale touchée. En voyant sa mère gesticuler de douleur, Clément se mit à poser ses deux mains sur son crâne comme pour empêcher la naissance d’une démence interne.
« Il me rend fou. C’est à cause de lui, il est toujours sur le banc, il ne bouge pas. »
Il courut alors vers la porte d’entrée en poussant des spasmes véhéments et jouissifs.
« Regarde maman, il est encore là ! Il t’a sûrement vu creuser et maintenant il nous guette ! Viens le voir par toi-même. »
« Je ne peux pas, je saigne, regarde ce que tu as fait à maman »
« Je t’ai dit de venir ici ! »
Il regardait sa mère en donnant un coup sur la vitre flouée de la porte.
« Très bien, si tu ne viens pas, je viendrai te chercher. »
Il se redirigea vers le salon où sa mère avait réussi à reprendre quelques forces en s’asseyant sur la table basse.
« S’il te plait, ne me fais pas mal, je veux bien voir ce que tu veux. »
Clément ne porta aucunement attention à cette supplication. Il plongea l’une de ses mains dans la chevelure de sa mère comme il le faisait parfois si délicatement. Il enroula sa main autour des ses ondulations capillaires et serra le poing tout en la tirant hors du salon. Elle pleurait et riait à la fois. À dire vrai, il était complexe d’affirmer quelle émotion elle éprouvait pendant cette étreinte agressive. Certes, elle pleurait, mais ses sanglots émettaient une curieuse sensation de jouissance, un plaisir interdit.
Elle se laissait aller en ayant la conviction que l’acte de son fils n’était en rien une humiliation, mais simplement un amour exacerbé et subtilement malade. Elle s’amusait à rendre ses membres ballants afin de faire durer cette curieuse promenade. Clément la lâcha enfin en prenant soin de poser sa tête contre la porte.
« Maman, redresse-toi s’il te plait. Regarde avec moi ce garçon sur le trottoir d’en face, il nous observe. »
Sa mère se redressa pour satisfaire la demande implicitement injonctive de son fils.
« Il est là depuis plusieurs jours. Je l’ai observé tout à l’heure alors que je finissais de creuser. »
« Qu’as-tu vu maman ? » dit Clément d’un air semi plaintif.
« Ses lèvres bougeaient, mais aucune sonorité sortait de sa bouche. Parfois, il souriait, le genre de sourire qui pétrifie. »
« Que ferons-nous s’il décide de venir frapper à notre porte ? »
« Tu es naïf Clément. Je suis sûr qu’il ne viendra jamais. Quand bien même il viendrait, crois-tu qu’il soit du genre à frapper avant d’entrer ? »
« Tu as raison. Il a l’air d’avoir des pensées sinueuses et mesquines. Quand je le regarde, il me fait penser à un somnambule paralysé. Il doit être patient, très patient. Une patience de rôdeur. »
« Ne fais pas attention à lui mon chéri. Ce garçon n’est qu’une erreur voilà tout. Une erreur figée. »
En entendant cette phrase, Clément baissa la tête et prit un air pensif. Son tempérament sanguin se calma alors et de sa bouche sortit ces mots timides :
« On est tous des erreurs »
Sa mère, qui ne l’entendit pas, se divertissait en reproduisant les contours de la silhouette de Simon sur la brume matinale qui couvrait la vitre. Elle contemplait son gribouillage en se balançant d’avant en arrière. Quelquefois, on l’entendait siffloter l’air d’une comptine.
« Maman, pourquoi chantes-tu »
« C’est pour les fillettes, elles étaient si mignonnes »
Clément reposa son regard sur Simon en éprouvant une jalousie soudaine.
« C’est eux, lui et les jumelles. Tu les préfères à moi. Avoue-le ! »


Elle continuait à chanter en admirant le ciel, en ne prêtant attention qu’à cette étendue bleue. Dans son for intérieur, le jeune garçon sentait une instabilité l’envahir. Comme à son habitude, cette sensation agressive lui était totalement inconnue et loin de lui l’idée d’essayer de la comprendre. « À quoi bon résister à sa propre nature » se disait-il à part soi. On ne pouvait nier, en regardant Clément, la folie asphyxiante qui peu à peu l’imprégnait. De façon logique, son esprit torturé déteignait sur son corps ; ses yeux se révulsaient, ses jambes avaient l’air rigides mais son torse et ses bras vacillaient maladivement. À le voir ainsi, on aurait dit qu’il était sous le joug d’une transe comateuse. De manière plus simpliste, il pouvait s’agir d’une absence.
Sa mère, de son côté, chantait encore et n’avait apparemment, en cet instant, plus les facultés mentales requises pour constater le comportement de Clément. Et pourtant, la métamorphose psychique du jeune homme ne cessait de croître jusqu'à exploser en un tourbillon de râles et de mots.
« Non ! Je sais qu’il est là ! Il ne me quittera pas. Il me regarde, un jour il me fera du mal. Je dois te protéger maman ! Vite, allons dans ta chambre, ne restons pas là, devant cette porte ! Prévenons notre entourage, nous sommes menacés ! Oh oui, un jour il viendra. Il a l’air gentil et innocent, mais un jour il viendra et lorsque ce moment arrivera, qui sait ce qu’il me fera. »
Sa fougue le fit transpirer et pleurer. Son front était perlé de gouttes et sur ses joues roulaient des larmes vibrantes. Il saisit sa mère à nouveau par les cheveux et entreprit de la traîner jusqu’à sa chambre. Elle continuait à chanter, et lorsque son fils la tirait davantage pour tourner à la fin d’un couloir ou pour franchir une porte, elle se mettait à dire une seule et même phrase, « ignorer est pire que nier »
Arrivé dans la chambre de sa mère, il la lâcha par terre, le dos appuyé contre le bord du lit. Il lui demanda sévèrement de s’allonger et de manière assez mystérieuse, on pouvait sentir dans sa voix un fond de compassion et de politesse. Il la laissa seule s’acquitter de cette demande alors qu’il commençait à s’avancer vers la cuisine.
Il ouvrit le tiroir à couverts et prit deux couteaux, l’un à lame lisse, l’autre à lame dentée. Il s’assit sur l’une des chaises de la table à manger pour mieux se concentrer sur le choix qu’il avait à faire. Après un moment d’hésitation, il décida d’opter pour la lime lisse en laissant le second couteau sur la nappe orangée de la table. En retournant vers sa mère, il la vit couchée sur le dos, complètement nue, le drap recouvrant de moitié ses fesses.


Clément se mit à genoux sur le rebord du lit et contempla son dos. Sa peau était lisse et déserte, pas un seul grain de beauté ou maque de naissance. La colonne vertébrale se voyait très distinctement, car sa mère était assez mince, et était légèrement bancale. Clément prit un gourmand plaisir à faire balader son index sur cette chaîne osseuse scoliosée*. Cela la faisait gémir et semblait lui être une sensation agréable.
« Cessons les préliminaires, Clément. Passons à l’acte. Sois doux, c’est ma première fois » dit-elle avec impatience et décision.
Clément s’exécuta. Il posa la pointe du couteau sur le cœur de sa mère et donna une première pression pour forcer l’entrée. Cette pénétration dorsale fut lente, très lente, mais Clément continua d’enfoncer la lame jusqu'à ce que le manche rentre en contact avec la peau. L’acte fini, il la couvrit complètement, la tête comprise, et voulut lui chanter une berceuse pour aider son ascension dans ce sommeil sans éveil. Elle avait été admirable, pensa le jeune garçon, en s’étonnant de ce silence parfait qu’elle avait montré et qui ne manquait pas de noblesse.
Il se mit à ronronner un air et s’apprêta à chansonner les premières paroles lorsque quelqu’un frappa à la porte d’entrée.


*mot inventé
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MessageSujet: Re: Abjection et véhémence---> FINI   Sam 5 Aoû - 13:16

la suite au plus tard début de la semaine prochaine ^^
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MessageSujet: Re: Abjection et véhémence---> FINI   Lun 4 Sep - 20:58

ça faisait longtemps ^^

Son dernier choix.

De sa place, Clément avait cru entendre un seul coup, un coup déterminé qui s’était sèchement abattu sur le bois de la porte. Il n’avait pas la volonté de se l’avouer, mais il savait pertinemment ce qu’il attendait. Avec des paroles enrobées de frayeur, il balbutia une phrase qui avait du mal à franchir la paroi de ses dents grinçantes, « J’veux pas te voir ».
Il regarda sa mère encore une fois, en enviant son silence et son inébranlable sommeil.
« Tu es avec moi pas vrai ? Tu me laisseras pas maman » disait-il avec une voix emprunte d’une certaine puérilité, tel un enfant qui veut s’excuser d’une bêtise. Au milieu de ce calme qui le plongeait dans une peur profonde, Clément repensa à ce coup unique, un seul coup… C’est si inattendu pensa t-il. Un fou, une âme emplie de folie aurait certainement tapé sans relâche, multipliant les cries, les menaces. Clément était persuadé de la folie de Simon, sans avoir de preuves rationnelles, son intuition lui disait que seule une démence pouvait obliger ce garçon à l’observer sans interruption. Comment expliquer, d’une autre manière, un tel comportement scrutateur ? Mais cette conclusion intuitive que s’était faite Clément venait d’être réfuté par ce coup, cet unique coup. Si les actes de Simon aurait été le fruit d’une quelconque folie obsessionnelle, il n’y aurait pas eu ce silence glacial, ce silence qui montrait que derrière ce coup se cachait une personne patiente, qui avait encore, vraisemblablement, les capacités de raisonner, de réfléchir à ses propres actes.
Bien qu’ayant prit conscience de ces détails, Clément avança vers la porte, en se persuadant qu’il ne pouvait fuir, aussi fataliste soit-elle, la réalité. C’est en s’appuyant sur les murs pour éviter de s’effondrer et en arrêtant sa marche pour essuyer ses yeux irrités par les gouttes de sueur que Clément cru entendre un chuchotement.
« Approche, je sais que tu en as envi… »
Arrivé à quelques mètres de la porte, il n’aperçut aucune silhouette derrière la vitre.
« Il a du prendre peur après avoir frappé. C’est sûrement pour ça que je n’ai entendu qu’un seul coup. Il doit sûrement se trouver sur son banc » se dit-il en pensée.
Bien que les crispations précédentes avaient laissé de l’hésitation dans l’esprit de Clément, une légère assurance, à la vue de l’absence de Simon, vint le réconforter. Son état physique semblait également reprendre de la vitalité. Ses pas étaient plus réguliers, les tremblements dont il avait été victime diminuaient en cadence, son visage était encore pourpre et suant mais sa respiration avait gagné en stabilité.
Il se rendait bien compte que l’absence d’une silhouette ne suffisait pas à affirmer qu’aucune personne ne se trouvait à proximité. Peut-être était-il en train de roder autour de la maison, en train de regarder par les fenêtres, qui pourrait le savoir ? Dans de telles circonstances, toute idée, aussi infondée et inexplicable soit-elle, est envisageable.
Après les nombreuses minutes requises pour sortir de la chambre de sa mère et emprunter le couloir, Clément arriva à quelques centimètres de la porte. Son regard se dirigea naturellement vers le banc et c’est avec étonnement qu’il ne vit personne, aucun individu, aucun Simon. Inconsciemment, il avait attendu ce moment, l’immobilité de Simon le rendait fou, en quelque sorte, ne plus le voir à cette place le satisfaisait amplement.

Le calme nocturne régnait encore mais un petit bruit vint tout chambouler. C’était le son d’un balancement, cela faisait penser à un bonbon que l’on ouvre en étirant l’emballage par les deux extrémités. Un bruit enfantin, comme si quelqu’un se mettait à croquer une friandise non loin, dehors, dans le noir et le froid. Clément s’interrogea un instant sur ce son amusant et attirant et ce n’est qu’en fixant la balançoire qu’il vit Simon, assit sur le siège, faisant de lents va-et-vient et accompagnant chaque balancement d’un sourire sincère.
Au début, l’obscurité et l’ombre des feuillages ne lui permettaient pas de l’identifier avec certitude. Il ne pouvait apercevoir qu’une mouvance dans le noir, qui avant même de s’approcher de lui semblait déjà s’éloigner. Ce n’est que lorsque Simon se décida à parler que le doute quitta son esprit. Il n’avait jamais entendu sa voix et pourtant ce timbre lui semblait si familier.
« Lis le mot à tes pieds » lui dit-il.
Clément ne l’avait pas remarqué, mais un bout de papier avait effectivement été glissé sous la porte. Dans son angoisse, le jeune garçon ne l’avait pas vu et bien qu’il voulu le lire sans perdre un instant, la seule idée de quitter Simon du regard le terrifiait. Le fixant, il croyait exercer une sorte de contrôle sur lui, du moins, il pensait avoir la situation en main.
« Puisque tu ne veux pas le lire, je vais te parler un instant. De toute manière, tu as bien le temps de le lire. Tu es seul chez nous ? »
« Non, maman dort dans sa chambre »
« La nuit est si fraîche, elle a sûrement dû s’envelopper dans sa couverture et sentir cette sensation de froideur douce qui caresse les pieds et les jambes. Ensuite, elle à dû se blottir davantage pour se réchauffer, en enfonçant un peu plus sa tête dans l’oreiller et en portant la couverture jusqu'à son cou. Je la connais bien, pendant ce genre de nuit, elle prend presque la position du fœtus. »
« Oui c’est vrai, on dirait une petite fille quand elle dort. »
« Est-ce qu’on confie un couteau à une petite fille ? »
« Non, bien sur que non ! »
« Alors pourquoi a-t-elle un couteau avec elle ? »
« Le couteau n’est pas avec elle, il est planté en elle, c’est différent. Elle restera toujours dans cette position, comme un nourrisson. J’ai pensé à tout, j’ai bien choisi la lame, je l’ai couverte, caressée et j’y suis allé en douceur. Je l’aimais trop pour lui faire du mal. »
« Quelle sorte de lame as-tu prise ? »
« Une lame lisse »
« Tu as hésité avec une lame dentée »
« Oui, je les avais posé sur la table de la cuisine. J’ai pris le temps de les observer avant de faire mon choix. »
« Tu aurais du remettre le couteau restant dans le tiroir à couverts »
« Comment ça ? »
« Regarde par toi-même »
Cette courte discussion avec Simon avait calmé un instant la peur qu’il éprouvait envers ce personnage. Sa seule préoccupation, à présent, était ce couteau qui, apparemment, avait peut-être disparu. Sous l’effet d’une pulsion animée par sa curiosité, Clément se redirigea vers la cuisine en oubliant presque Simon et ne pu que constater l’exactitude des propos de ce dernier, le couteau était bel et bien absent.
« Ce n’est pas parce qu’une chose est absente qu’elle n’est pas à proximité, n’est-ce pas Clément ? »
Sans se retourner, Clément lui répondit d’une manière extraordinairement colérique.
« C’est encore toi, tu le fais exprès, tu joues avec mes nerfs ! »
Il courut alors vers la porte avec des mouvements emplis d’une force fougueuse et véhémente. Il stoppa sa course en aplatissant ses deux mains contre la vitre et vit une balançoire vide qui continuait ses va-et-vient avant de s’arrêter complètement. Il regarda alors le banc et aperçut les deux fillettes, l’une dans l’ombre, l’autre dans la clarté car la curieuse disposition de l’éclairage n’avait pas changé. Elles se tenaient toujours la main et dans leurs mains unies se trouvait le fameux couteau.
Clément croyait être en proie à une hallucination et ce n’est que lorsque une timide brise fit trembloter le papier laissé au sol qu’il se rappela la présence de ce dernier. Il le lu alors, sans hésitation cette fois-ci, et y trouva cette courte phrase : « Je ne frappe jamais avant d’entrer ».
Il recula alors doucement en regardant autour de soi et en étant convaincu que l’inévitable était tout prés, qu’une fatalité était proche. La lecture de ce mot le mettait face à un choix : sortir et rencontrer les deux fillettes qui inexplicablement étaient revenu ou rester, et attendre qu’il vienne le chercher.
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pao
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MessageSujet: Re: Abjection et véhémence---> FINI   Dim 1 Oct - 12:02

Voilà, c'est la FIN

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Le liquide dans sa capsule

« Personne ne viendra te chercher, personne ne t’obligera à partir. Seulement, laisse moi te proposer quelque chose, une invitation. Ne te pose pas de questions inutiles Clément, contente-toi de m’écouter. »

Clément leva les yeux vers le plafond et les ferma afin d’entendre le plus précisément possible cette voix quasi-transcendante. C’était le timbre de Simon, Clément l’avait reconnu très clairement. Il ne savait pas ce qu’il devait éprouver, de la peur, du réconfort. A vrai dire, la fatigue l’empêchait d’éprouver quoique ce soit. Pour la première fois depuis longtemps, il était entièrement vide, il sentait son humanité s’en aller. Simon se remit à parler et Clément, de son coté, utilisa ce qu’il lui restait de vitalité pour l’écouter.

« Clément, sais-tu ce qu’est une capsule ? En apparence, ce n’est pas grand-chose, rien d’autre qu’un récipient. Mais c’est un récipient tout particulier qui a une fonction très précise. Tu ne dois sûrement pas le savoir, mais une capsule est utilisée pour contenir les liquides chimiques, essentiellement ceux à ébullition. Tu ne dois probablement pas connaître le sens du terme « ébullition », et pourtant tu es constamment en ébullition, Clément. Toujours agité, toujours en effervescence, voila ce qu’est un liquide en ébullition. Alors, comprends-tu enfin ? Maintenant que je suis là, tu as ta capsule. Regarde, je te prend dans mes bras, je le fais mieux qu’une mère, tu ne trouves pas ? Je sens ta véhémence, mes bras ont beau te serrer avec fermeté, ils s’agitent sous tes tremblements. Je suis ta capsule, ton récipient, ta petite cellule, tu es en sécurité ici. Tu as chaud, tu es en train de bouillir, je le sens. N’hésite pas, bouge, gesticule, débarrasse-toi des émotions malsaines qu’il te reste. Il ne peut plus rien t’arriver, tu as trouvé ta capsule. »

Dans leur étreinte, Simon et Clément se relevèrent. Les deux garçons se regardèrent avec une grande complicité, comme si l’un de l’autre, ils n’avaient plus rien à apprendre.

« Nous allons sortir Clément. Donne-moi ta main, sortons et asseyons-nous sur notre banc. »

Ils sortirent alors, passèrent devant le jardin en regardant la balançoire d’un air nostalgique.

Arrivé sur le trottoir, ils se retournèrent et s’assirent ensemble pour la première et la dernière fois. Ils ne pouvaient quitter la maison des yeux.

L’aube se réveilla et éclaira intégralement le banc d’une lumière naissante. Le liquide dans sa capsule s’était calmé, il profitait du soleil sans émettre aucune réaction. Dans ce moment de plénitude et d’alchimie complète, les deux garçons entendirent des paroles d’enfants en provenance de la demeure.

Les paroles étaient gaies, accompagnées de rires sucrés de joie. Deux petits garçons sortirent et à l’unisson ils chantèrent presque cette phrase.

« Maman, c’est enfin l’aube, viens voir. »

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MessageSujet: Re: Abjection et véhémence---> FINI   Dim 1 Oct - 16:18

Quoi, FINI? Mince! Bon ça va donc enfin me laisser le temps de lire l'oeuvre complète d'une traite à l'occasion (je prépare mes aspirines et je m'y mets!). Wink

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